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Typologie des parents autour des pistes de concours (de CSO)

Aujourd’hui je te propose de te pencher sur une espèce bien particulière des centres équestres et autres lieux où le cheval se fait sportif : les parents en concours. Petite typologie de ces êtres parfois un peu (trop) étranges à mon goût.

Comme tout bon cavalier de club tu as passé un cap quand ta monitrice a annoncé le moment fatidique de ton premier concours. Ça y est, tu sais à peu près tenir sur tes deux étriers sans choir à chaque virage, tu arrives à suivre le mouvement très étrange qui se passe sous tes fesses. Tu es prêt pour montrer que t’es pas là pour rigoler. Ces barres de 65 cm de hauteur te font désormais moins peur que l’Hydre d’Hercule et The Grudge — pourtant pas si mal, comme combo de l’angoisse.

Tu débutes ta première club4, tu as 8 ans… et tes parents sont forcément dans les starting-block.

En général tu grandis et ça ne change pas : tes géniteurs préféreraient mourir plutôt que de louper tes exploits de futur leader des challenges hivernaux. Et même si on n’a pas tous la chance de devenir Penelope Leprévost, chaque petite victoire résonne dans leur coeur comme un championnat du monde.

Laisse-moi te présenter cette drôle de foule tout autour de la piste.

  • Les parents qui ont domptés du canasson

Dans l’univers très étranges des procréateurs il y a ceux qui ne sont pas là par hasard. En général ce sont eux qui t’on donné envie de poser tes fesses dodues sur celles toutes aussi potelées d’un shetland au nom de gâteau sec. Ce genre de parents sont parfois dans le milieu de l’équitation. Ils ont un centre équestre, ce qui — il faut le dire — aide un peu. Sinon, ils peuvent être tout simplement cavaliers et passionnés. C’est vrai qu’on oublie parfois que le cheval c’est un peu comme une gastro : ça se transmet vite.

On pourrait classer les parents qui font du cheval en deux sous catégories : ceux qui décident de coacher leur marmaille et ceux qui ne le feraient pour rien au monde. En général ces derniers préfèrent déléguer à partir du moment où leur progéniture arrive à l’instant fatidique du « oui mais ». Avoue, c’est vrai qu’il est vachement plus simple de remettre en cause la longueur de rênes que t’impose ton géniteur que celle d’un moniteur lambda – rapport au fait, entre autre, que les parents sont des vieux cons.

Sur les terrains de concours les parents cavaliers sont, en général, les plus supportables. Si un papa a décidé de laisser la vie progression de son futur champion dans les mains d’un autre moniteur, il devrait être assez intelligent pour attendre du bord de la carrière (tout en serrant les fesses en silence).

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(Et en tentant de ne pas avoir l’air constipé.)

Dans le cas contraire, s’il est l’entraineur, il risque de mettre tout son coeur à l’ouvrage — ainsi que ses cordes vocales. Au fond, c’est cool quand un de ses cavaliers remporte une épreuve, mais c’est encore mieux s’il s’agit de son propre gamin. Le parent moniteur/instructeur est aussi environ deux fois plus exigeant avec sa progéniture qu’avec celle qui lui est confié. C’est comme ça, l’ordre logique des choses. 

Crois moi, dans ce cas, ça sera au cavalier de contracter sa lune avant l’entrée du triple. Puisque si la barre tombe, c’est une séance de mise en selle de deux heures qui l’attend.

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Oups.

  • Les novices, mais pas trop

Dans la vie il y a ceux qui savent et ceux qui tentent d’apprendre.

Il est globalement assez fréquent qu’un cavalier ne possède pas de parents qui pratiquent l’équitation. Ces derniers sont vite tentés mais se considèrent trop vieux, trop gros, trop tout, pour avoir envie de payer pour se taper des courbatures aux abducteurs.

En général ils sont très contents de venir voir leur progéniture à l’assaut de la cavalerie. C’est amplement suffisant. Ça en devient même si grisant pour eux qu’on se demande parfois qui traine l’autre au poney-club. Pourtant, pour les parents non-cavaliers, Caramel est aussi fougueux et indomptable qu’un étalon des Steppes. Imagine donc un peu la fierté quand ils se rendent compte qu’ils ont enfanté un être capable de lui murmurer à l’oreille de partir au galop comme par magie.

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C’est fou. 

Ne nous leurrons pas, je pense qu’une pointe de jalousie s’immisce alors dans leurs esprits. Même s’ils tentent de le refouler, rien n’y fait. Au fond eux aussi aimerais savoir maîtriser le « debout-assis » et connaitre l’astuce pour trotter sur le bon diagonal. Pleins de bonne volonté, ils apprennent, au bord de la piste. Ils s’imprègnent comme des éponges de ce que raconte le moniteur.

Mais le problème, c’est que les éponges ça recrache tout quand on les essore.

Qui n’a jamais entendu un parent hurler à son enfant de tirer sur les rênes, de se coucher sur la croupe ou de mettre un coup de talon pendant un tour un peu chaotique ? Qui ne s’est jamais dit qu’il était totalement à côté de la plaque ? Qui n’a jamais ri, en se disant que si le pauvre cavalier l’écoutait il finirait surement son tour à pied (le cul plein de sable) ? Qu’il se dénonce et me confirme qu’il est bien humain, parce que je ne le crois pas.

Sur les terrains de concours le stress du parent non cavalier est multiplié par dix. La créature qu’il a porté en son sein n’est plus seulement en train d’essayer de faire un slalom entre des cônes mais bel et bien entrain de jouer sa vie. Rend toi bien compte que pour lui le tour est beaucoup trop haut à partir du moment où la barre s’est désolidarisée du sol. Imagine le choc quand il s’aperçoit qu’il va assister à une prépa’ 80cm.

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« Je lui avais bien dit de mettre ses épaules en arrière. » 

Comme ils sont impuissants ils se sentent également obligés de participer de la plus simple manière qui soit : ils crient leurs conseils (un peu nul) sur le bord de la piste.

C’est ridicule, mais c’est comme ça.

  • Les nantis bénis par Crésus et ses potes

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« Nous n’y manquerons pas ta mère et moi. En attendant, pour compenser ton maigre résultat, que dirais-tu d’une bavette Prestige ? »

  • Ceux qui frôlent la syncope aiguë

Que les parents soient cavaliers ou non, ils savent bien que l’équitation est un sport à risque. Ils arrivent donc très clairement à se représenter les multiples dangers qu’encourt leur progéniture. Parfois s’en est trop, il faut qu’ils extériorisent.

Pendant la reconnaissance du parcours, ils savent se contenir. Certains pourraient lancer un fébrile « Ça va pas être plus haut que ça t’es sur ? », mais ça n’irait pas plus loin. Pendant la détente, le parent inquiet va déjà beaucoup moins bien. Il commence à allumer des cierges mentaux et à prier les dieux pour qu’après chaque saut le cavalier arrive à bon port — c’est-à-dire sur sa selle.

Si la détente s’est bien déroulée (dans le cas contraire, il est déjà pris en charge par le SAMU pour malaise causé par l’hyperventilation) la tension risque d’être à son maximum au moment de rentrer sur la piste. Après une dernière supplication au cheval, il ne va pas pouvoir s’empêcher d’extérioriser jusqu’à ce que le premier obstacle du parcours soit franchi.

Il y a la base du « Ça va le faire » mais il peut aussi effectuer des variantes du style « Prend soin de toi, courage, sois fort» ou « Non, s’il vous plait pas de cris, il déteste ça. J’AI DIT PAS DE CRIS OHÉHO ! ». Bien entendu, ces apartés ne servent strictement à rien en vue de la distance qui le sépare de son enfant à ce moment-là. Mais peut importe, il se détend. Sans ça, il exploserait, sans doute.

Ce qui est drôle avec les parents stressés c’est qu’à la seconde où le parcours est fini, ils semblent se dégonfler comme des baudruches. Comme si toute la pression accumulée ne pouvait sortir qu’à partir de ce moment précis. Tu veux reconnaitre la maman du cavalier sur le terrain ? C’est celle qui semble avoir perdu dix kilos après que la ligne d’arrivée soit franchie par sa fille.

Les parents se transforment toujours un peu en concours. Il y a ceux qui veulent des résultats et se la font façon commando en déploiement maximal. Ceux qui tentent de participer (même si leur aide n’est pas des plus efficaces) et surtout ceux qui décèdent un peu au bord de la carrière. Dans tous les cas c’est déjà cool qu’ils t’accompagnent, supportent tes sautes d’humeur (après avoir vu que ce débile de chef de piste avait mis un bidet) (alors que tu détestes ça), te tiennent ton cheval quand tu resangles et face office de supporters de l’année.

Et puis surtout, il faut penser à la super vidéo qui t’attend en rentrant chez toi — les commentaires sont collector.