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Rencontre avec Benoît Blancher, co-fondateur d’Equisense, premier capteur connecté destiné à l’équitation

Le monde de l’équitation, bientôt aussi moderne qu’un vaisseau Star Wars ? C’est peut-être bientôt le cas, grâce à Equisense et son capteur connecté capable d’améliorer performance et bien-être du cheval. Benoît Blancher, son co-fondateur, t’en dit un peu plus.

EDIT : cet article date de 2015 ! Depuis, pas mal de choses ont changé pour Equisense. Balios se nomme désormais « Motion by Equisense » et l’appli est encore plus jolie, simple et complète. Retrouve toutes les infos sur Equisense et pré-commande ton capteur sur leur site officiel !

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  • Bonjour Benoît. Quel est ton nom de code et que fais-tu dans la vie ?

Bonjour, mon nom de code est Jyoti, bon courage pour déchiffrer 😉

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Je suis passionné de sport, d’entrepreneuriat et de nouvelles technologies. Je suis le fondateur d’une start-up française appelée Equisense et qui a vu le jour il y a un peu moins d’un an. Je crois que c’est d’ailleurs pour ça que je fais cette interview ! Equisense est une petite structure donc je fais beaucoup de chose mais ma mission première est de créer une belle expérience pour nos futurs utilisateurs. Je vais à la rencontre des cavaliers pour comprendre réellement leurs attentes et adapter notre produit à ce dont ils ont vraiment besoin. Je m’occupe du lancement très prochain de notre premier produit, Balios sur la plateforme de crowdfunding (financement participatif) Kickstarter.

Enfin, et c’est ma plus grande fierté, je construis une belle équipe. Notre ambition est de faire un produit qui va faire progresser les cavaliers du monde entier et d’améliorer le bien-être des chevaux.

  • Raconte moi l’histoire d’Equisense. Vous êtes plusieurs sur le projet ?

Oui, l’équipe est composée aujourd’hui d’une dizaine de d’ingénieurs, designer, biomécaniciens et vétérinaires. Notamment Camille, qui utilise ses compétences de bioméchanicienne pour faire fonctionner le cœur technologique. Idriss, qui gère tous les aspects techniques avec une équipe de développeurs et enfin Marine, qui en tant que véto, s’occupe des aspects santé du produit.

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Ça c’est pour la partie France mais nous travaillons aussi en collaboration avec une équipe américaine et une équipe allemande pour le lancement !

  • Lancer une startup d’innovation équine en France, ça se passe comment en 2015 ?

Ca se passe très bien ! Sincèrement, c’est très stimulant. On a tendance à croire que tout se passe aux États-Unis mais en réalité, la France déborde de talents et de créativité. La phase pour passer d’une idée à un projet concret nous a pris du temps notamment pour développer la techno mais à présent, notre défi consiste à lancer un produit. Pour nous qui sommes tous cavaliers et passionnés de technologie, c’était une évidence de lancer cette start-up en France, le pays du cheval !

  • Vous avez inventé le premier objet connecté destiné à améliorer le bien-être du cheval et de son cavalier. En quoi ça consiste ?

Ca consiste en un petit capteur qui se place sur la sangle et qui enregistre le mouvement du cheval. Il lance l’enregistrement tout seul dès que le cheval se met en mouvement. Il remplit automatiquement un calendrier des séances avec l’évolution de l’intensité de l’entrainement et la qualité de la locomotion. On peut ajouter les soins du cheval. Tout ça permet au cavalier d’adapter son entraînement et de diversifier son travail. Pour récupérer les données, il suffit d’ouvrir son application et de se connecter en Bluetooth au capteur.

Pour les cavaliers qui veulent une analyse plus fine, ils peuvent lancer un enregistrement à cheval sur un tour d’obstacle, une reprise de dressage ou tout autre exercice. Balios permet donc un suivi sur le long-terme et une analyse précise sur une durée courte lors de la réalisation d’un exercice.

  • D’ailleurs, “Balios”, ça vient d’où ça ?

Ah, bonne question, merci de l’avoir posée ! Balios est un des chevaux d’Achille. Le Achille de la mythologie grecque. Non pas que notre Balios tienne plus du mythe que de la réalité, bien au contraire !

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“Automédon ramenant les coursiers d’Achille des bords du Scamandre” (1868), Henri Regnault, huile sur bois, Musée d’Orsay.  

Non, nous avons choisi ce nom parce que le Balios de la mythologie était doué de parole et qu’en permettant au cavalier de travailler son cheval dans le confort sans dépasser la ligne rouge, nous donnons d’une certaine manière la parole au cheval.

  • Il paraît que ce capteur génial est capable de détecter les boiteries, ça marche comment ? Vous êtes des sorciers, allez, avoue.

Non, aucune sorcellerie là-dedans, je t’assure ! Juste un concentré de technologie. En fait le capteur qui est situé au centre, sous le cheval, est capable de détecter la symétrie du mouvement. Il faut comprendre que nous intégrons de l’apprentissage automatique dans nos algorithmes, ce qui veut dire que nous alertons en cas d’anomalie par rapport à une norme individuelle. Une norme pour un cheval donné est établie puis tout écart significatif à cette norme est signalé. Ceci règle donc le souci des chevaux présentant une dissymétrie naturelle.

Evidemment, il faut coupler cette donnée avec l’impression du cavalier d’une part et l’expertise du vétérinaire d’autre part.

  • Après un parcours de CSO, par exemple, quelle est l’analyse qu’est capable d’apporter Balios au cavalier ? En quoi est-il plus complet que d’amener sa mère pour nous filmer au bord de la carrière ?

Je ne dirais pas que c’est plus complet, je dirais que c’est complémentaire. C’est intéressant de se filmer en train de monter parce que ça permet de confronter ses sensations de cavalier à cheval avec ses constations de cavalier à pieds.

Balios, lui, amène des informations différentes : il donne des données qui ne sont pas mesurables à l’œil nu, rien qu’en regardant.

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Sur un parcours d’obstacle par exemple, il va être capable d’analyser le tracé, la vitesse, la trajectoire des sauts et leur amplitude. En fait, il apporte des informations objectives, c’est à dire que finalement, on retire le filtre émotionnel qu’il peut y avoir lorsqu’on se regarde en vidéo. Evidemment, après il faut confronter tous ces résultats avec ses sensations, la connaissance de son cheval, etc. On peut tout à fait imaginer avoir un jour la possibilité de filmer ses séances et d’avoir les données du capteur qui apparaissent en même temps sur l’écran…

  • En 2014 vous avez créé un prototype. Face à quels genres de problèmes avez-vous dû faire face ? Quels aspects ont dû être améliorés ? En quoi le premier modèle a-t-il évolué ?

Le premier prototype était plutôt gros et plutôt, comment dire, “disgracieux”. Je crois que c’est le terme. Il avait une petite carte SD pour extraire les données. Aujourd’hui, on travaille sur la version que les gens utiliseront : un capteur petit, solide et relié en Bluetooth.

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La première difficulté, c’est que ce projet est très large en terme de compétences. Ça va de la mécanique pour le boitier, l’électronique, le développement d’application, la biomécanique, la statistique, etc. La seconde difficulté c’est que pour faire un produit simple il faut prévoir tous les cas pour pouvoir les traiter. On doit s’adapter à tous les chevaux, toutes les sangles, toutes les disciplines, et ça prend beaucoup de temps et d’itérations. Mais on y arrive et au printemps 2016, on aura un produit fini très perfectionné.

  • Vers quel type de cavalier avez-vous souhaité orienter le produit ? (discipline, niveau). Certains l’ont-ils déjà testé ?

Notre produit est adapté à différents profils de cavaliers. Il convient aussi bien à un professionnel ou à un cavalier de compétition désireux d’optimiser ses performances qu’à un propriétaire soucieux de travailler son cheval dans le confort. Il est vraiment adapté à tous niveaux puisque l’objectif est de faire progresser le couple cheval-cavalier en veillant au bien-être du cheval. Donc du CSO au dressage en passant par le complet, les courses et bien sûr l’endurance; nous avons trouvé des gens intéressés.

  • Le capteur s’adapte à la sangle. Ok, mais si j’utilise une bavette, ça marche aussi ?

Et oui, ça marche aussi. Il y a deux systèmes de fixations possibles : avec une sangle ou un rivet. Dans les deux cas, il n’y a aucun problème à l’adapter sur une bavette.

  • Et si mon cheval décide de faire un plongeon dans le gué ?

Le capteur résiste aux et il est bien protégé dans son étui en cuir donc ça ne pose pas de problème pour passer dans le guai. Maintenant, si le capteur est complètement immergé, c’est moins sûr qu’il apprécie.

  • Et si je décide de monter mon cheval pendant, disons… sept heures et demi non-stop ?

Curieuse décision ☺ ! Mais là encore, pas de problème, le capteur a environ 8h d’autonomie. On voulait que ça corresponde à peu près à une semaine moyenne de travail pour les cavaliers qui montent quotidiennement. À l’issue de tes 7h30 d’équitation intensive, il faudra recharger Balios.

  • Pour toi, l’équitation aussi gagnerait à être hyper-connectée ? Ce milieu, considéré comme très classique, est-il prêt à se tourner vers ce type de technologie ?

C’est là tout l’enjeu d’Equisense. Mais finalement, les valeurs de notre start-up sont celles de l’équitation traditionnelle : le respect du cheval, son confort, le travail dans le bon sens… Ces valeurs, nous les partageons avec des milliers de cavaliers à travers le monde. Nous ajoutons juste du modernisme, de la praticité et de l’efficacité à une équitation ancestrale. Au vu des encouragements que nous recevons tous les jours, notamment de la part des cavaliers professionnels, je pense que les cavaliers sont prêts à prendre ce tournant.

Maintenant, nous développons le produit le plus simple possible pour qu’il ne soit qu’un œil extérieur capable d’apporter des réponses et d’enrichir sa compréhension mais en aucun cas de nuire à la relation cavalier-cheval qui reste le cœur de ce sport.

  • Parle-moi un peu de l’opé des ambassadeurs sur Facebook. C’est important pour vous d’être très présents sur le web ?

En fait, c’est important pour nous de construire une communauté pour 3 raisons : la première, c’est d’échanger avec nos premiers clients pour comprendre leurs attentes et sortir un produit qui colle à leurs besoins ; la seconde, c’est d’avoir le plus de gens possible pour nous soutenir lors du lancement sur Kickstarter et la troisième c’est parce que c’est tellement plus motivant !! La Course Relai Ambassadeurs est l’occasion pour nous d’échanger avec des cavaliers hyper motivés et l’occasion pour les ambassadeurs de donner vie un projet français qui leur plaît. Si on commercialise Balios, ce sera grâce à leur soutien !

  • Qu’est-ce qui se passe maintenant pour Equisense alors ?

Des tas de choses ! D’abord, le Kickstarter début novembre qui est une véritable étape pour nous. Balios va rencontrer ses premiers utilisateurs. Il nous faudra continuer à faire parler de nous : nous serons à Equita Lyon, au Salon du Cheval à Paris mais aussi présents sur des salons technologiques à Dublin et à Las Vegas. Puis, il y aura l’étape de commercialisation du produit. Il nous faudra également élargir notre équipe à l’international. Bref, nous avons de quoi nous occuper pendant un bon bout de temps !

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Equisense a été sélectionné pour faire partie du pôle innovation d’Hippolia à Equita Lyon ! 

  • Quand penses-tu que le produit sera commercialisé ? Dans quelle fourchette de prix ?

Balios sera commercialisé en avril 2016. Son prix sera de 299€. Sur la campagne de financement participatif sur Kickstarter, il sera disponible dès le 4 novembre à partir de 99€ pour les premiers arrivés 😉

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