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[Témoignage] Stéphanie et Kyle, le poney qui avait perdu confiance en la vie

Stéphanie rêvait d’un poney à sauver. Kyle, destiné à l’abattoir, a alors croisé son chemin. Portrait d’une belle évolution et d’un pari pas gagné d’avance.

J’ai fait une formation de garde équestre sur Bordeaux et, après le diplôme, je voulais acheter un poney qui serait à sauver et à éduquer intégralement. J’ai trouvé Kyle sur Equirodi, un site d’annonces équines. J’avais un faible pour les chevaux de type lourd (cobs, percherons…) avec les grosses patounes et les poils partout. Comme j’aime beaucoup le caractère bien trempé des poneys, j’ai réussi à trouver le bon compromis.

Mon copain m’a suivi dans cette aventure. Nous sommes allés chercher Kyle à la pointe de la Bretagne, chez Anne, une dame adorable. C’est une femme qui habite à côté de Quimper. Elle possède un élevage, et, de temps en temps, elle récupère des chevaux réformés des courses ou en détresse pour leur offrir une nouvelle vie. Elle a avec elle des jeunes filles bénévoles qui montent les chevaux et, ensuite, elle tente de les faire travailler dans des centres équestres ou pour des particuliers. Kyle, lui, devait être attelé pour des évènements type comme la fête de Noël.

Qui est Kyle ?

Kyle vient d’Angleterre, c’est un poney Gypsy Cob (Tinker) bai brun de 1m41. Je l’ai eu à ses six ans. Quand nous sommes arrivés chez Anne, il était couvert de croutes, ensanglanté, et ankylosé. Elle m’a alors expliqué pourquoi Kyle était si mal.

kyledebut

Quand il est né, l’élevage a rapatrié en France les poneys qui ne leur convenaient pas pour les euthanasier. Pourquoi en France ? Car il est très dur en Angleterre de faire piquer un cheval sans raisons vétérinaires. Kyle faisait partie du convoi.

Après sa croissance, voyant qu’il ne s’éclatait pas comme ils le voulaient, l’élevage l’a envoyé dans un bateau avec 35 à 45 chevaux. Par chance, Anne, l’a vu et l’a sauvé.

Elle m’a expliqué que quand il est arrivé chez elle il avait cinq ans et il était magnifique : vraie crinière de Cob ondulée et longue, pareil pour la queue, une belle robe. Par contre, il était très amaigri. Au bout d’un an, il a commencé à se gratter à sang et se mordre tellement fort que de la peau partait avec. Kyle a contracté une dermite de stress. Plus de crins, plus de queue, robe foutue et souvent à vif.

Anne avait également essayé de le faire monter : impossible. Ce n’était que de la peur, Kyle n’a jamais été vicieux. Il embarquait, était rétif et ne savait pas garder le galop et le trot plus de deux foulées. Elle pense qu’ils l’ont également surgavé en granulés, ce qui n’a pas dû aider la dermite.

La rencontre

Quand nous sommes arrivés dans le champ et qu’on a vu Kyle pour la première fois il ne voulait pas se laisser attraper. Il était inquiet, les bananes en arrière. Finalement, on a quand même réussi à le choper. Je l’ai essayé trente minutes et j’ai adoré ses allures : j’avais l’impression d’être dans un siège ! On l’a rentré, brossé et au moment de le lâcher dans le pré le mari d’Anne m’a dit “fait gaffe il va partir comme un fou”. Je l’ai lâché et… il est resté cinq minutes à me regarder, à me sentir et à poser son nez sur mes mains (comme si que j’étais un comptoir) (haha). Son mari n’en revenait pas.

La seule chose qui m’a gêné c’est qu’il était petit (genre, vraiment petit) et j’avais peur d’être trop grande ou trop lourde. Heureusement, deux ostéopathes m’ont dit que ça irait largement.

Une relation à construire

Nous l’avons pris malgré le travail fou que nous aurions à faire. Au début, je me demandais si j’allais y arriver. N’avais-je pas mis la barre un peu haut ? Les gens autour de moi me disaient que j’allais me tuer, que j’aurais dû faire comme tout le monde et prendre un cheval déjà formé, qu’il était moche, que la dermite c’était insoignable.

J’en ai bavé, il m’a embarqué plusieurs fois — dont une fois où je ne savais pas il nous allions nous arrêter. Il était en Pessoa avec alliances pendant longtemps (même si je déteste les mots fort). C’était dur alors j’ai décidé de faire beaucoup de choses à pied. Pendant un an je l’ai travaillé seule.

L’éthologie et le shiatsu m’ont beaucoup aidé dans la relation avec Kyle. J’ai fait énormément de travail à pied avant de le monter et il avait déjà pris beaucoup plus confiance en lui. C’était la première fois que je voyais Kyle la queue en panache.

Je ne remercierai jamais assez cette dame de la chaîne YouTube “Espoir Ethologie” qui m’a bluffé avec sa vidéo “éthologie – rééducation”. Elle m’a fait prendre conscience qu’il est encore possible pour certains animaux (et pas seulement les chevaux), qu’il y a toujours une voie de guérison et d’éducation possible — même à six ans, comme pour Kyle et son passé terrible.

Les premiers exercices étaient assez simples. Le but était de lui faire prendre conscience qu’une feuille ne mange pas les chevaux et que le stick est un outil de travail. J’ai commencé par agiter le stick très fort à côté de lui, je l’ai touché avec, l’ai fait passer sur une bâche. Je l’ai désensibilisé au bruit, aux couleurs vives. Je lui ai fait des exercices de détente, et je l’ai beaucoup longé pour qu’il apprenne à reconnaître les ordres à l’oral. Ensuite, j’ai commencé à lui apprendre des tours comme la jambette ou le croisé. Je lui ai également beaucoup parlé. J’utilise toujours les même mots pour qu’il puisse comprendre en plus des actions de jambes ou de mains (“gauche”, “droite”, “non”, “c’est bien”, “recule”, etc).

Après, je l’ai finalement monté. Les premiers exercices étaient à réaliser au pas : secouer mon manteau, bouger les bras, taper des mains. Ce fût compliqué. Le plus dur a été de lui faire accepter le stick quand j’étais en selle. La première fois il m’a embarqué sur un kilomètre. J’ai eu la peur de ma vie. J’avais beau tirer il s’arrêtait pas, alors j’ai lâché le stick mais toujours rien. Nous nous sommes retrouvés sur un long chemin avec une barrière en face. Je me suis dit que le plier était le seul moyen de le faire s’arrêter (connaissant la légèreté de Kyle en matière de CSO, c’était sûr qu’on allait se tuer). Au dernier moment j’ai tiré la rêne gauche à fond. Après cette mésaventure, il a commencé à se calmer et à travailler normalement. On a pu commencer les exercices classiques (sessions à la jambe à pied puis à cheval, voltes propres et transitions à la voix).

Quand nous sommes allés chercher Kyle, c’était un poney soumis, très introverti. Quand on lui demandait quelque chose il avait tendance à être sous tension, à devenir transparent. Il ne savait pas faire le beau, lever la queue. Pendant un an je ne l’ai jamais entendu hennir (sauf une fois : quand son compagnon de champ était parti voir le maréchal).

Aujourd’hui Kyle sait marcher, trotter et galoper sans embarquer et de façon régulière. Je le monte à cru et avec la selle, avec un licol éthologique ou un filet au mors doux. Il connaît la session à la jambe, le reculé, le départ au galop aux deux mains en plaçant les aides, la jambette et le croisé. Il répond aux ordres à la voix et se laisse longer tranquillement. Je l’ai vu faire son premier vrai coup de cul de joie, il y a quatre mois. Aujourd’hui je dirais que même si la dermite est toujours la, il est bien dans sa tête.

Et une maladie à soigner

“Chouchou” va mieux : il a toujours sa dermite mais elle est moins forte qu’avant. Il est heureux et fait même des froufrous avec le nez quand j’arrive. Il me fait des câlins et me suit partout. Il joue beaucoup. Il a un copain qui lui tient compagnie et j’essaye de l’habituer petit à petit aux choses un peu stressantes.

La dermite de Kyle s’est calmée grâce à la crème Nivea bleu toutes simple ou le Dexeryl et la paraffine (attention, à ne pas en mettre la journée en plein soleil sinon ça donne un poney grillé à point). Tous les jours, pendant six mois, je lui faisais des cataplasmes de crème.

Je maintiens que sa dermite est en partie mentale avant d’être physique. Il avait besoin de beaucoup de présence, besoin que je le rassure. Il lui faudra du temps et de l’expérience pour qu’il puisse s’assagir et devenir un poney imperturbable et totalement bien dans sa tête. Sa dermite ne partira peut être jamais, mais au moins il aura eu une belle vie.

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Notre relation est fusionnelle car je le comprends. Je le connais de plus en plus et du coup je sais ce qu’il aime, ce dont il a besoin, quand et pourquoi. Je sais aussi quand je fais des erreurs et des “fausses manip’” à cheval parce qu’il ne réagit pas comme d’habitude. C’est un poney courageux et je sais que quand quelque chose ne va pas, c’est forcément parce que j’ai fait une erreur. Après un an de travail seule, j’ai besoin et envie de le faire passer devant un moniteur pour qu’il puisse voir ce qu’il faut améliorer et comment le travailler (toujours à son rythme).
 
Nous avons le projet de partir en BPJEPS tous les deux (peut-être l’année prochaine) ou de travailler pour une mairie en tant que Garde Équestre. Peu importe, nous verrons. Aujourd’hui Kyle est simplement heureux et c’est le plus important. 
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