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[Témoignage] Marine et Tony, loin des yeux (mais près du coeur)

Marine a croisé le regard de Tony, un trotteur sensible et délicat. Si la vie les sépare, elle refuse de l’oublier (et nous raconte leur histoire dans un joli témoignage).

Je vous explique. Ca fait une bonne quinzaine d’années que je monte en club ; je suis passée des poneys aux doubles et j’ai évolué dans le même club depuis mes sept ans (ou peut-être huit…). Bref, autant dire que dans un petit centre comme le mien, j’ai eu le temps de voir passer pas mal d’équidés et de tester (ou faire les frais) de leur caractère !

Il y a deux ans, de nouvelles têtes pointèrent le bout de leur nez au club. Parmi elles se trouvait celle de Tony. Par un vendredi soir d’hiver, je me suis donc retrouvée nez à nez avec un grand bai d’1m67. Étant habituée à dépasser le garrot du cheval que je monte, du haut de mon mètre 57, ça m’a fait bizarre.

Tony, c’est un joli trotteur bai. Sensible. Très sensible. Une princesse.

En soi, rien d’incroyable ne m’est arrivé avec lui. Je l’ai monté une fois par semaine pendant quasiment six mois. Néanmoins, il n’est comme aucun autre cheval que j’ai eu l’occasion de monter auparavant. Il fallait peu de main, et peu de jambe pour le monter. La plupart du travail se faisait donc à l’assiette et à la voix. Et ça, si vous montez en club, vous saurez que c’est assez rare. Nous n’étions que deux à pouvoir le monter sans qu’il ne fasse des âneries ! 

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Oui, parce que Monsieur ne savait plus trotter si on avait trop de main ! Par exemple – le comble pour un trotteur, n’est-ce pas ? — lors de la première séance sur son dos, je pouvais sentir qu’il balançait ses hanches mieux que Beyoncé dès que ma main était un peu trop dure. C’est donc lui qui m’a appris (ou réappris) à être légère et plus douce dans mes aides.

Mais il m’a aussi appris plus que ça.

À l’époque, j’avais une veste marron clair trop grande pour moi. Après quelques entrées au box où il avait l’air terrifié, j’ai compris qu’il n’appréciait pas mon look « chasse et pêche » (fashion police oblige). Ce sont ces petites manies qui m’ont fait l’apprécier d’autant plus. Car tout cela était contrebalancé par une générosité, une curiosité et un amour d’apprendre qui dépasse tous les chevaux que j’ai rencontrés.

À sept ans, il apprenait tout juste à vraiment sauter. Vu sa taille, les hauteurs de barre n’étaient pas le problème. Il apprenait extrêmement vite (si on réussissait un exercice, c’était directement enregistré pour la fois d’après, et il adorait ça) (coups de cul de joie à l’appui). Seulement voilà, parfois, il avait la flemme. Et c’est un de ses jours là qu’on s’est bien ramassés et qu’on a mangé le sable de la carrière tous les deux. Comme Tony ne voulait pas vraiment se redresser malgré les demandes incessantes et qu’on sautait un vertical en descente, la réception fut périlleuse.

Après une ou deux foulées post-vertical, j’ai senti ses antérieurs flancher et j’ai vu le sol se rapprocher.

Suite au vol plané, je l’ai vu se relever et partir voir ma prof, style « Euh… Qu’est-ce qu’il vient de se passer là ? ». Je l’ai donc rejoins, prête à remonter, et il est venu poser son nez contre moi, tout penaud qu’il était, en guise d’excuse. Comme par hasard, le saut suivant fut parfaitement réalisé.

C’est ainsi que pendant quelques mois nous avons appris l’un de l’autre et surtout, ensemble.

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Puis la fin de l’année est arrivée, et la directrice du club m’a annoncé qu’elle ne pouvait pas garder Tony. Être seulement deux à pouvoir le monter sans le brusquer n’était bon ni pour le club, ni pour lui. L’option de l’acheter s’est présentée, mais c’était impossible pour moi à long terme (financièrement, et parce que, vivant dans un appartement, je me voyais mal lui installer un box sur le balcon).

Ça a été très dur. Mais c’est une autre fille du club qui l’a acheté.

Alors je lui ai laissé un mot, en disant tout le bien que je pensais de Tony, et la chance qu’elle avait de l’avoir. Elle m’a recontactée et me laisse le voir autant que je le veux. Elle m’a même permis de le remonter de temps en temps.

Je n’ai pas beaucoup de photos de lui pour la simple et bonne raison que c’est un pitre au box, et que toutes les photos sont donc floues : on ne peut pas fouiller les poches, déranger les cheveux de quelqu’un, ou pousser quelqu’un parce qu’il nous regarde pas alors que c’est NOUS la star, ET être bien sur la photo, vous voyez ?

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La preuve

Si, comme moi, vous êtes du genre à tomber dès que qu’on vous filme ou vous prend en photo pendant les cours, vous comprendrez pourquoi je n’ai qu’une photo potable de lui et moi en CSO ! Alors bien sûr, ce n’est pas mon cheval, ce n’est pas pareil. Mais pour toutes les petites pépites d’or dont nos équidés sont capables, je crois que ça vaut le coup de maintenir un lien.

Ce lien.

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