[Témoignage] Une tête de mule… et un doux regard

Laura a l’habitude de monter une jument au caractère bien trempé. Et puis, un jour, simplement, quelque chose se passe. Un joli témoignage.

Vendredi soir, 21 heures, comme d’habitude je suis à mon centre équestre en région parisienne et je me dirige vers le Club House. Tout va bien, je viens d’arriver, je ne suis pas encore tombée de cheval, ni trempée par une averse imprévue, ou couverte de crottin — encore une de ces situations tellement classe que je rencontre souvent. (À mon grand désespoir, vous vous en doutez bien) (oui c’est récurrent).

Non, je ne suis pas tombée cette fois-ci. Mais c’était juste. 

Je vais donc au Club House pour connaître le doux nom du cheval chanceux qui va pouvoir me mettre par terre ce soir. (Récurrent j’ai dit). Il faut savoir que je suis officiellement dans un cours cheval niveau galop 5 et plus. J’ai commencé à double-poney (comme beaucoup de cavaliers) et j’ai eu un coup de foudre il y a 5 ans pour une ponette grise qui répond (un peu quand elle veut d’ailleurs) au nom de Magouille.

© Manon Lescarret photographies

Je ne suis pas censée la monter mais mon moniteur sympa me la laisse quand elle n’a pas fait trop d’heures (vu son caractère un peu/beaucoup/assez souvent hum…. « tête de lard indécrottable », je la monte assez souvent) (genre une fois toutes les deux semaines environ). Donc, depuis 5 ans, je monte une espèce d’autruche qui aime bien faire du bowling avec ses cavaliers. On connait tous le classique arrêt tête en bas, en plein galop, suivi d’un magnifique salto avant et atterrissage dans le crottin (oui elle soigne les atterrissages).

Bref je vais donc voir mon moniteur espérant entendre le classique « tu veux ta vache ? » ou « ta ponette » ou « la tienne » bref tout sauf son véritable prénom. Pourtant ce soir ce fut le cas.

Un signe, peut-être ? 

Direction la sellerie : selle, filet et compagnie. Sur le chemin je m’empêtre dans les rênes, glisse en manquant d’écraser mon tapis et lâcher ma selle. (Si je n’arrive pas à finir mes études je deviendrais peut-être acrobate qui sait). Je vais ensuite voir ma chérie dans son box qui m’accueille avec les oreilles en avant et venant me voir. Brave bête !

Je pose la selle et elle repart dans le fond du box. Ok poney, on va en chier. Oui, c’est habituel qu’elle ne veuille pas travailler. Oui, j’ai de la chance (non). Pendant une demi-heure, Madame tourne dans son box au grand désespoir de ses voisins qui essayent de manger un peu de paille tranquille. Magouille ne veut pas donner ses pieds, les secoue en dansant la Zumba quand je les cure et part en rock acrobatique quand je tente à l’aide d’un produit en spray (oh damnation !) d’effacer ses taches jaunes.

Elle aussi deviendra acrobate. Ou ponette de cirque. Stupide aussi !

Bref une fois récupérée et remise de sa quasi-crise cardiaque sous le regard complètement blasé de ses voisins, je finis par seller et brider.

Je pose ma bombe par terre en attendant de partir en cours. C’est là que Magouille vient me voir. Je reste immobile en attendant de voir ce qu’elle va faire. Elle me regarde, les naseaux à hauteur de mon nez. Je sens ses longues vibrisses sur ma joue. Puis elle baisse lentement la tête et pose sa tête sur ma poitrine, doucement, la bouche en appui sur ma main, mais sans essayer de manger. Elle soupire doucement. Alors je pose délicatement mon nez sur la têtière du filet et mon autre main sur sa joue. Je reste comme ça environ une minute sous le regard des autres poneys qui ne bougent pas non plus. Vous jouiez à chat glacé petit ? Un, deux, trois, soleil ? Voilà. 

Finalement on se redresse et on part sauter. Je ne saurais jamais ce qu’elle a voulu faire ou ce qui lui est passé par la tête mais je m’en rappelle bien. Ce soir-là elle m’a offert la plus belle séance de saut de notre vie.

Ce n’était pas parfait mais cela ne le sera probablement jamais.

Je me sens confiante et cette barre de 85/90 cm ne m’effraie même plus. Le surlendemain, le dimanche, on est engagées en CSO épreuve 3 (70 cm) sur un concours interne (donc non officiel) de mon club. Vous savez quoi ? Elle m’offre notre première victoire ensemble, sous le regard ébahi de mes amies du club.

Vous direz ce que vous voulez, moi je pense qu’il n’y a pas de coïncidences. On a passé du temps à se chercher et on s’est enfin… trouvées.

Laura Van Der Elst

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Cavalière du dimanche (et du samedi) l’univers du cheval me fascine plus qu’une part de cheesecake. Heureuse propriétaire d’un troupeau de trois équidés, ils me servent de laboratoire de recherche pour des écrits très sérieux (non) et transpirants de swag (oui). Dans la vie je tape du clavier en tant que Journaliste Freelance & Grand Manitou de Georgette Mag.

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