Retour

[Témoignage] Sandrine et Titeuf, de poulain boiteux à star du spectacle

Sandrine a acheté un poulain blessé et condamné à boiter. Onze ans plus tard, ils parcourent la France, ensemble, pour présenter leur spectacle. 

Tout a commencé en 2007. Déjà propriétaire d’un croisé lourd, je cherchais une relève. Je me suis dirigé vers un élevage de frison. Les poulains gambadaient avec leurs mères.

Un petit « tamtam » courrait moins que les autres. Victime d’un accident, il boitait sévèrement. Ce petit de deux mois était croisé percheron et frison. Le seul à avoir de légers poils blanc dans sa robe noire.

Lorsque les bébés urent 6 mois, le naisseur m’a appelé afin que je vienne choisir mon futur cheval. Tam boitait toujours… Alors je l’ai pris. Le vétérinaire est venu : soins, piqures, traitements, bandages… Rien n’y faisait.

J’ai donc chargé mon poulain, rebaptisé « Titeuf » dans un van et direction la clinique pour faire des radios.

Je me rappellerai toujours de ce jour. Le vétérinaire ne veut pas me laisser partir avec Titeuf qui a une fracture du carpe. Il ne pourra jamais marcher régulièrement. Ce n’est pas grave pour moi. Il fera un bon compagnon de pré à Tennessee.

Titeuf va passer un an en box afin de ménager son genou. Avec ma fille de 8 ans, à l’époque, nous passons beaucoup de temps avec Titeuf. Ballades en mains, câlins, gratouilles… C’est un cheval très doux et attachant.

Pendant la belle saison, nous lui faisons de mini paddocks de la taille d’un boxe afin qu’il prenne le soleil et goute l’herbe des prés.

Un an après les premières radios, nous revenons chez le vétérinaire qui me demande de le faire trotter en main. Cela fait un an que Titeuf n’a pas trotter. Je courre droit devant sans le regarder ; pas de boiterie ! Nous allons aux radios. Quand le vétérinaire se gratte la tête, je fonds en larmes.

Mais il se retourne vers moi et me dis cette phrase : « Ce fichu canasson, peut être même qu’un jour, tu pourras le monter ! »

S’en suit une année au pré avec des congénères. Cela ne se passe pas très bien car Titeuf n’a pas été sociabilisé comme tous les autres. Il reste très proche de l’homme et est le souffre douleur des autres chevaux.

En 2009, je tombe gravement malade. Une de ces maladies pour lesquelles il n’existe pas de traitement. Je décide de dresser Titeuf afin de pouvoir le placer. Je ne pense pas que je pourrai garder mes 2 chevaux avec mon handicap.

Titeuf se révèle être un très bon élève. Je ne peux me résoudre à m’en séparer.

Il excelle en dressage, si bien qu’en 2013, nous faisons notre premier spectacle alors qu’il n’a que 5 ans. Mais je ne me sens pas bien dessus, j’ai l’impression d’oppresser mon cheval.

Je recherche de nouveaux professeurs, je travaille différemment. Avoir un cheval détendu, lâcher les rênes, mon équitation change et Titeuf s’épanouit.

En 2016, nous postulons au concours de talent équestre de Wolfisheim, où nous racontons notre histoire : premier prix du public et premier prix du jury !
Nous décidons d’envoyer notre candidature au concours Equistar au Salon du Cheval de Paris. Nous sommes retenus et finissons demi-finalistes.

Ce concours a été très dur pour Titeuf, 20 degrés en plein hiver, un box tout petit pour son gabarit, du monde, du bruit, une cavalière sous pression…

En 2017, c’est aux Saintes Marie de la Mer que nous allons : nous terminons à la deuxième place !

En 2018, nous partons au festival Equestria à Tarbes, à 1200km de chez nous. Nous sommes retenus pour le concours « piste ouverte » et finissons finalistes.
Nous avons postulé à différentes manifestations pour l’année prochaine.

J’ai un cheval d’une générosité à toute épreuve. Grace à lui j’ai rencontré des gens exceptionnels. Rien de tout ça n’aurait été possible sans ma fille qui me soutiens et me supporte, sans Alexi, la pareuse de Titeuf, un sacré bout de femme toujours partante à me conduire à l’autre bout de la France.

Je n’oublie pas non plus notre chanteuse, Julia, qui possède une voix qui a littéralement envouté Titeuf.

Notre histoire a touché beaucoup de monde et nous avons la chance d’être sponsorisés par Laetitia Lauwerie, artisan bourrelière qui nous confectionne des brides sur mesures ainsi que Catherine Lecerf qui nous fabrique de magnifiques parures en corde, perles et plumes.

Titeuf a maintenant 11 ans et son genou se maintient. Nous ne nous acharnons pas sur le travail. Nos spectacles transpirent la liberté. Plus de bride, c’est comme ça que Titeuf s’exprime.

Et vous pouvez me croire, lorsque je le conduis jusqu’au pont de notre van, je n’ai pas besoin de l’accompagner à l’intérieur. Il embarque tout seul !

Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Ni pour moi, ni pour lui. Mais ce que je suis sure, c’est que nous profitons de chaque jours passés ensembles.

Sur son dos, je me sens forte. Je pense même que c’est là ou je suis le mieux.