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« Le handicap n’est pas la fin d’une vie », Camille Jaguelin

Né en 1999, Camille Jaguelin a eu un accident vasculaire cérébral (AVC) deux mois après sa naissance. Aujourd’hui, le jeune homme âgé de 19 ans a un déficit de la force musculaire de la partie droite de son corps. Un handicap qui ne l’empêche pas de vivre ses rêves.

Il nous a parlé de ses objectifs en équipe de France, ses prochaines échéances et son plus beau souvenir…

Georgette Mag : Comment avez-vous croisé la route des chevaux ? 

Camille Jaguelin : À l’âge de 7 ans, pour ma rééducation, je n’avais que 2 choix sportifs : natation ou équitation. Après avoir essayé la natation, j’ai finalement choisi l’équitation. À cheval, j’ai la sensation « que du bonheur ». Monter est une passion, un leitmotiv. Je ne ressens pas toujours mon handicap, certains exercices peuvent être ou paraître difficiles au premier abord et pas en adéquation avec mon handicap, mais avec le temps j’ai appris à trouver mon équitation pour finalement arriver à l’exécuter.

G.M : Parlez-nous parler de votre cheval de tête …

C.J : Wimke, ma jument, est âgée de 15 ans. Ma famille l’a achetée après avoir fait les stages de détection de l’équipe de France de para-dressage, il y a maintenant trois ans. Pour intégrer officiellement l’équipe, il me fallait une jument expérimentée. Dès le début, elle a compris que j’avais une faiblesse côté droit mais je l’ai canalisée. J’ai un lien très particulier avec elle, ensemble nous avons fait les championnats d’Europe en 2017 à Göteborg. Elle m’a également offert ma première victoire internationale.

 

G.M : Quand avez-vous intégré l’équipe de France ? 

C.J : En 2017, j’ai fait mon premier international à Deauville en Mars. Et, cette même année j’ai fait retentir La Marseillaise en Italie et participé aux championnats d’Europe de Para dressage.

G.M : Vous êtes un jeune cavalier au haut niveau, comment vous sentez-vous ? Avez-vous l’impression de donner une nouvelle vague aux épreuves para-dressage ? 

C.J : C’est sûr, 19 ans c’est jeune. Mais je me sens bien, très bien même je dirais ! je ne sais pas si je suis une nouvelle vague, mais je fais effectivement parti des jeunes cavaliers mondiaux. C’est chouette, cela veut dire que je vais pouvoir participer à plein de grands rendez-vous européens, mondiaux et paralympiques.

G.M : Avez-vous déjà eu des moments de faiblesse à cheval ? Qu’est-ce-qui vous a poussé à ne rien lâcher ?

C.J : Oui bien sûr, quelle que soit la discipline, l’équitation est un sport exigeant. Pour ne rien lâcher, il faut d’abord avoir l’envie. Il ne faut jamais sous-estimer ou douter de la motivation des personnes. Puis, le soutien de mes parents, ils ont beaucoup investi et ils se sont beaucoup investis.

G.M : « Mon Handicap, la Force de mon avenir » est votre slogan, pouvez-vous nous l’expliquer ?

C.J : Il est même tatoué sur mon bras droit ! Ce qu’il exprime est très simple : le handicap n’est pas la fin d’une vie. Il se peut même que ce soit le début d’une merveilleuse aventure humaine et sportive, paradoxalement une opportunité. Ce slogan, je l’ai voulu pour moi mais aussi pour d’autres personnes car si cela donne de l’espoir, de l’envie à d’autres cavalier(ères) en situation de handicap d’aller vers le haut niveau ou même juste se faire plaisir à cheval alors ce sera déjà une victoire ! Je suis né avec mon handicap donc je ne sais pas comment c’est autrement. C’est une énorme différence parce que je me sens comme quelqu’un de valide si vous voyez ce que je veux dire. Pour moi, c’est une opportunité ; celle de m’avoir permis d’aller au haut niveau, de représenter mon pays sur de grandes échéances.

G.M : Quels sont vos objectifs à venir ? 

C.J : PARIS 2024 est sans conteste l’objectif le plus important, pas seulement pour y participer mais je souhaite, sans prétention, y être médaillé. Ce serait formidable en France devant notre public. Également, je suis diplômé du DEJEPS, alors enseigner fait partie de mes objectifs.

G.M : Racontez-nous votre plus beau souvenir à cheval …

C.J : Lors des championnats d’Europe, mon père m’avait accompagné, et quand je suis sorti du rectangle j’ai vu qu’il pleurait ! Il était ému et fier, j’ai réalisé ce que cela représentait pour mes parents c’était probablement un des plus beaux moments de leur vie.

Crédit photo : D.R