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Les chevaux blancs n’existent pas : idée reçue !

Quel cavalier n’a jamais entendu cette phrase dans la bouche d’un puriste : « Les chevaux blancs, ça n’existe pas ». Ils pourraient bien être étonnés…

C’est souvent vrai, si on veut se la jouer puriste, on ne peut que constater que les chevaux blanc en apparence, ont bel et bien la peau noire. Ils sont nés noirs, bais ou alezans et en grandissant, le gêne responsable de la dépigmentation des poils (gêne « G ») les fait paraître de plus en plus blancs.

Le meilleur exemple qu’on puisse citer est celui du cheval de Camargue. Le gêne G est dominant, c’est-à-dire qu’il prendra le dessus sur tous les autres gênes déterminant la robe d’un cheval et il est responsable de la destruction progressive des pigments colorés. Ce phénomène de décoloration du poil est appelé le grisonnement.

© Nalinka -Marion Fernandez-

Donc ton ami puriste a probablement raison : la plupart des poneys de ton centre équestre qui ont l’air blancs ne le sont sûrement pas. Ils sont gris. Leurs poils ne sont jamais parfaitement blancs. En dehors du fait que c’est une robe salissante, on trouve pas mal de nuances de gris dans les robes de ces chevaux : gris truité, gris pommelé, etc…

Après, techniquement, si ton pote pousse sa théorie à l’extrême, tu peux aussi lui rappeler qu’un cheval gris non plus, ça n’existe pas vraiment. Bah non puisque la robe de base de ce cheval était d’une autre couleur quand il est né. Donc si tu sais à quoi ressemblait ce cheval gris quand il était poulain, fais-toi plaisir et dis-lui qu’en fait, c’est un alezan dépigmenté !

En France, même les haras nationaux ont tendance à refuser l’appellation « blanche » pour désigner les robes des chevaux qui sont blancs. Parce qu’officiellement, cette robe n’est renseignée dans aucun registre. Il n’existe aucun stubook français qui accepte les robes blanches pour les races officielles. 
Et pourtant, les chevaux blancs existent bel et bien. Ils sont très rares et c’est sûrement pour cette raison qu’on ne parvient pas à les classer.

© Nalinka -Marion Fernandez-

Contrairement aux chevaux gris, les chevaux blancs naissent déjà blancs. Comme les chevaux de couleur crème ou champagne, ils naissent avec la peau rose et hormis quelques tâches de mélanine exceptionnelles qui peuvent apparaître en vieillissant (comme les tâches de vieillesse pour les humains), ils garderont cette couleur blanche toute leur vie.

Pour reconnaître un cheval crème d’un cheval blanc, l’équation est assez simple. Le crème est en fait une couleur très diluée. Comme quand du met du lait dans ton café ou que tu fais tomber de l’eau de javel sur ton jean préféré. La couleur s’estompe. Vulgairement, on pourrait dire que les chevaux dilués sont coloré à l’aquarelle plutôt qu’à la peinture à l’huile. Si on prend l’exemple de l’alezan, sa première dilution est le palomino, son deuxième stade de dilution est le crème. Pour le bai, ça donne bai > isabelle > perlino,… etc (cf cet article pour aller plus loin) Et en plus, les chevaux blancs peuvent avoir les yeux noirs, vairons ou bleus.

S tu as encore un doute et que tu ne sais pas reconnaître un cheval crème d’un cheval blanc, compare donc la couleur du crème au blanc des tâches des chevaux pies. Tu verras la différence.

En fait, un cheval blanc c’est un cheval qui n’a pas de couleur du tout.

Le gêne responsable est appelé Gêne W, pour « white », blanc en anglais. La robe d’un cheval porteur du gêne W est donc exclusivement blanche ce qui le différencie du porteur d’un gêne G qui sera gris ou des chevaux aux robes diluées.
Le blanc n’est pas présent dans la nature parce que c’est souvent un gêne défectueux qui rend le cheval non-viable. Comme pour beaucoup d’autres animaux (les chats blancs sont souvent sourds par exemple ou les chiens blancs sourds. Ce n’est pas systématique mais c’est récurent), la couleur blanche est symptomatique d’une mutation génétique qui s’accompagne souvent d’un handicap.

Et chez le cheval, cette mutation génétique existe aussi. 
On l’appelle le syndrome létal du poulain blanc. Elle n’est pas très connue en France parce que c’est une maladie qui touche surtout les chevaux pies. Elle est surtout associée à une race : celle des paint horses. Ce gêne est responsable d’un dysfonctionnement du colon qui empêche les poulain de faire leur crottin. Les signes cliniques les plus flagrants sont de très fortes coliques, une souffrance qui grandit d’heures en heures et le poulain finit par mourir d’une occlusion intestinale en 48heures seulement.

© Fabienne Tobie 



Chez les chevaux pies, on distingue 3 types de robes : la robe tobiano, la robe overo et la robe tovero. Toutes ces robes peuvent être bicolores ou tricolores et de n’importe quelle couleur.

⁃ Quelque soit la quantité de blanc qui recouvre un cheval tobiano, le tobiano est un cheval qui a toujours du blanc sur le dos mais jamais autour des yeux.
⁃ Chez le cheval overo, le blanc ne traverse jamais la ligne de dos. On peut considérer un cheval comme overo quand il a seulement une tâche de plus de 10cm de diamètre au dessus des genoux.
⁃ Le cheval tovero est un mélange entre l’overo et le tobiano. Le tovero a toujours du blanc sur le dos et toujours au moins un œil touché par le blanc.

Pour résumer :

⁃ Tobiano = le dos contient toujours du blanc mais le blanc n’atteint jamais les yeux.
⁃ Overo = le dos ne contient jamais de blanc. Les yeux peuvent ou non être atteint par le blanc.
⁃ Tovero = le dos contient toujours du blanc et un œil au moins est toujours atteint par le blanc.
(Quelques exemples ici !)

Les chevaux porteurs du létal white (le syndrome létal du poulain blanc) sont les overos et les toveros. Pour cette raison, il est déconseillé de faire se reproduire 2 overos ensemble, 2 toveros ensemble et 1 overo et 1 tovero ensemble. Mais les Paint Horses ne sont pas les seuls à pouvoir être touchés par la maladie. On a aussi retrouvé des chevaux positifs chez les quarters horses, les purs sangs anglais, les crèmes, les appaloosas et certains chevaux d’origines non constatées (ONC). En cas de doute, on peut toujours faire tester ses chevaux pour savoir si ils sont porteurs de la mutation W. En France, il existe deux laboratoires qui proposent le test : le laboratoire vétérinaire départemental du Rhône et le Laboratoire Franck Ducombe.

Alors, est-ce que ça voudrait dire que notre ami puriste a raison ? Que les chevaux blancs existent mais qu’ils ont une espérance de vie inférieure à 48heures ?

Non non ! Car il existe, un peu partout dans le monde, des exceptions qui viennent confirmer la règle ! 
En fait, la mutation génétique W contient plusieurs déclinaisons. Ce sont les mutations possibles du gène W. Pour l’instant, on en connaît 27. Et si tu veux en savoir plus, le mieux c’est de lire cet article. Il es rédigé en anglais et tu dois savoir qu’en le lisant, tu t’enfonces dans les secrets les plus intimes de la génétique.

Si tu veux connaître l’histoire de DreamCatcher, nous t’invitons à regarder cette vidéo :

Une pouliche née d’un mariage entre une jument overo et un étalon tovero. Venue au monde complètement blanche, elle défit les statistiques puisqu’elle n’a pas déclaré le syndrome létal du poulain blanc. Elle a quelques petites tâches, cachées au creux des oreilles qui font d’elle une jument Tovero alezane avec beaucoup de blanc. Les américains l’appellent une Dominant White.

© Fabienne Tobie 



En regardant la vidéo, tu découvriras aussi l’histoire incroyable des chevaux Camarillos de Californie.

© Harold Parker

Ces chevaux blancs, issus d’un improbable mustang, totalement blanc. Aujourd’hui, il existe environ une trentaine de chevaux camarillo seulement. La race est menacée et il faut dire qu’obtenir un poulain exclusivement blanc n’est pas une mince affaire. Les autres gênes dominent celui responsable de la couleur blanche.

Chez le Camarillo, il s’agit essentiellement de la mutation W4. On ne peut pas faire reproduire des chevaux homozygotes (c’est-à-dire qui transmettent obligatoirement la robe blanche) avec le W4 car c’est un gêne obligatoirement mortel et les juments avortent avant le terme. Il n’y aurait que le gêne W15 et le gêne W19 qui seraient homozygotes. On a retrouvé des traces, dans la grande Histoire de la génétique, d’éleveurs ayant réussi à faire se reproduire ensemble deux chevaux blancs avec les mutations W15/W15 ou W15/W19. Mais pour obtenir un camarillo blanc, on ne peut que passer par les gènes hétérozygotes, c’est-à-dire des gènes qui peuvent transmettre du blancs mais pas seulement.

Ils peuvent transmettre n’importe quelle autre couleur également. Une fois le poulain à terme, il a une chance sur deux d’être blanc. Une chance sur deux d’avoir une robe plus classique. Malgré toutes ces précautions, le taux d’avortement des juments en gestation d’un poulain blanc est de 25%. Et malgré tout, le camarillo n’est pas porteur du syndrome létal du poulain blanc. La mutation génétique est différente.

On trouve d’autres exemples de chevaux blancs partout dans le monde : l’American White Horse.

ou certains purs sangs anglais. Comme quoi, Red Dead Redemption n’a pas tout inventé !

Le blanc peut donc apparaître chez le cheval de deux façons différentes : d’abord par l’intervention humaine, comme quand les éleveurs font se reproduire des chevaux blancs et qu’ils transmettent les gènes des parents à leurs petits. Mais aussi de manière totalement fortuite et spontanée, comme pour ces purs sangs qui naissent parfois blancs, sans qu’aucun éleveur n’ait rien fait pour obtenir une telle robe.

Parce que la génétique, c’est ça aussi. Du hasard, des questionnements.

Voilà deux petites énigmes que Georgette Mag n’a pas encore réussi à élucider…

© Patti Mosbey et Linda West

Commençons par Artic ! C’est une jument mustang née en 2011. A la naissance, elle était parfaitement blanche et en grandissant, elle joue au caméléon.
 Artic semble isabelle avec une forte dilution. L’hiver et la pousse des poils rend Artic plus claire et elle semble encore plus diluée. Une tête blanche mais la peau clairement majoritairement noire, Artic semble toujours être isabelle très diluée. Et maintenant, on part sur du gris pommelé. 
Nous, on pense plutôt qu’Artic est une jument isabelle très diluée mais avoue qu’elle était quand même très blanche à la naissance. Et toi, qu’en penses-tu ?

On vous présente le cas de JinGo Star, né en 1997 d’une mère Camargue x Appaloosa et d’un père Knabstrup. Il a la peau majoritairement rose et en hiver, lorsqu’il a les poils longs, il est blanc comme neige. Mais en été, lorsque ses poils deviennent plus épars, il est léopard et son corps se recouvre de tâches. Alors, si les tâches noires de Jin ne colorent pas ses poils mais uniquement la peau, comme les tâches de mélanines, peut-on dire de lui qu’il est blanc ? À vos commentaires !

Printemps 2016 

Novembre 2017

Printemps 2018

Enfin, août 2018 / © Floriane Rondard

Références :